Se nourrir professionnellement : qu’est-ce qui vous nourrit encore?

On parle beaucoup de motivation au travail. De mobilisation. D’engagement. De reconnaissance. De sens.
Mais il y a une question que l’on pose beaucoup moins souvent :
Qu’est-ce qui me nourrit encore dans ce que je fais?
Pas ce qui me fait tenir. Pas ce qui me permet de livrer. Pas ce que je fais parce que je suis compétent, responsable ou parce qu’on compte sur moi.
Ce qui me nourrit vraiment.
Ce qui stimule ma curiosité. Ce qui me fait réfléchir autrement. Ce qui me donne envie d’apprendre, de progresser, d’essayer quelque chose de nouveau.
Ce qui me fait encore grandir.
Quand on devient celui ou celle qui nourrit les autres
La question me semble particulièrement importante pour les gestionnaires.
Avec le temps, leur rôle les amène souvent à devenir une source pour les autres.
Ils donnent du feedback. Ils accompagnent. Ils rassurent. Ils transmettent leur expérience. Ils développent les personnes. Ils créent du sens. Ils ouvrent des portes. Ils aident leurs équipes à progresser.
Et plus ils acquièrent d’expérience, plus on se tourne naturellement vers eux pour obtenir des réponses.
Mais il y a un paradoxe.
Plus on devient celui qui nourrit les autres, plus on risque d’oublier de se demander ce qui nous nourrit, nous.

Qui nous challenge encore?
Qui nous fait voir quelque chose que nous n’avions pas vu?
Dans quelles conversations sommes-nous encore celui ou celle qui apprend?
Qu’est-ce qui nous oblige à sortir de ce que nous savons déjà bien faire?
Être performant ne veut pas nécessairement dire être nourri
C’est peut-être là que le phénomène devient difficile à percevoir.
Parce que tout peut continuer à bien fonctionner.
On livre. On atteint les objectifs. On est reconnu pour notre expertise. On nous consulte.
On maîtrise notre rôle.
Et pourtant, quelque chose peut tranquillement s’aplatir.
Pas nécessairement au point de vouloir partir. Pas nécessairement au point de parler d’épuisement ou de désengagement.
Simplement cette impression d’apprendre moins. D’être moins surpris. De rencontrer moins souvent cette petite tension stimulante qui apparaît lorsqu’on ne maîtrise pas encore tout à fait quelque chose.
On peut être encore très engagé dans son travail tout en étant de moins en moins nourri par lui.
Et peut-être confondons-nous parfois les deux.
Nous avons besoin de plus que de reconnaissance
La reconnaissance est importante.
Mais être reconnu pour ce que l’on sait déjà faire ne remplace pas la possibilité de découvrir ce que l’on pourrait encore devenir.
Un gestionnaire peut recevoir d’excellents commentaires, être apprécié de son équipe et obtenir de bons résultats… tout en ayant besoin d’autre chose.
D’une conversation qui le déstabilise un peu.
D’un collègue qui ose remettre son raisonnement en question.
D’un projet pour lequel il n’a pas déjà toutes les réponses.
D’un mentor.
D’une nouvelle discipline à découvrir.
D’un environnement où il peut, pour une fois, ne pas être l’expert.
Parce qu’il existe une forme de vitalité professionnelle qui vient précisément de cet endroit :
être suffisamment compétent pour contribuer, mais encore suffisamment en mouvement pour apprendre.
Se nourrir ne veut pas nécessairement dire en faire plus
C’est probablement le piège.
Lorsqu’on sent que quelque chose manque, la réponse peut être d’ajouter.
Une nouvelle formation. Un nouveau projet. Une nouvelle responsabilité. Un autre défi.
Mais se nourrir professionnellement ne signifie pas nécessairement remplir davantage son agenda.
Parfois, c’est même le contraire.
C’est créer suffisamment d’espace pour lire quelque chose qui ne nous servira peut-être pas immédiatement.
Avoir une conversation sans objectif opérationnel.
Fréquenter des personnes qui ne pensent pas comme nous.
Retourner dans une posture d’apprenant.
Explorer un sujet simplement parce qu’il nous intrigue.
Ou nous demander ce que nous avons cessé de faire parce que nous étions devenus trop occupés à être efficaces.
Car ce qui nous nourrit n’est pas toujours productif à court terme.
Mais c’est souvent ce qui nous empêche de devenir immobiles à long terme.
Faire l’inventaire de ce qui nous nourrit
Peut-être devrions-nous périodiquement faire un autre type de bilan professionnel.
Pas seulement :
Est-ce que j’atteins mes objectifs?
Est-ce que je suis performant?
Est-ce que mon équipe va bien?
Mais aussi :
Qu’est-ce qui m’a fait réfléchir récemment?
Quand ai-je changé d’idée pour la dernière fois?
Qui m’aide à grandir en ce moment?
Dans quelle partie de mon travail suis-je encore en apprentissage?
Qu’est-ce qui éveille encore ma curiosité?
Et peut-être la question la plus révélatrice :
Depuis quand n’ai-je pas fait quelque chose professionnellement qui m’a réellement fait grandir?
Les réponses ne demanderont pas nécessairement un changement de poste, une promotion ou une grande remise en question.
Parfois, elles indiqueront simplement qu’il est temps de remettre un peu de nourriture là où la routine, l’expertise ou la pression ont tranquillement pris toute la place.
Continuer à grandir pour continuer à faire grandir
Il y a quelque chose de profondément humain dans le fait d’avoir besoin d’évoluer.
Et pour un leader, ce besoin n’est peut-être pas complètement séparé de sa capacité à accompagner les autres.
Parce qu’un leader qui continue d’apprendre reste plus facilement curieux.
Un leader qui accepte encore d’être déstabilisé se souvient de ce que cela signifie de ne pas savoir.
Un leader qui fréquente des idées nouvelles risque moins de croire que son expérience lui donne toutes les réponses.
Et un leader qui continue de grandir peut probablement créer davantage d’espace pour que les autres grandissent à leur tour.
Alors, au-delà de ce que vous donnez, de ce que vous accomplissez et de ce que l’on attend de vous, il reste peut-être une question à vous poser de temps en temps :
Et vous, qu’est-ce qui vous nourrit encore?




Commentaires